mercredi 2 mai 2012

Les artilleurs de Fresnes

Le village de vignerons de Fresnes-sur-Apance, près de Bourbonne-les-Bains, possède la particularité d'avoir donné naissance à cinq officiers d'artillerie des armées impériales, dont quatre chefs de bataillon. Né en 1752, Antoine Claudel sera soldat au régiment d'artillerie de Toul (futur 7e de l'arme) en 1774, parviendra grâce à la Révolution au grade de chef de bataillon au 1er RAP (le 18 vendémiaire an III), se battra à Valmy. Membre de la Légion d'honneur, chef du parc d'artillerie du 2e corps d’observation de la Gironde, il est capturé à Baylen (1808) et meurt du typhus en rade de Cadix sur un ponton, en 1810. Fils de recteur d'école, né en 1781, François Renaud, canonnier au 6e régiment d'artillerie à cheval en 1799, passera sous-lieutenant durant la Campagne de Russie, terminera sa carrière comme capitaine et mourra dans les Vosges en 1842. Enfant de Jean Legendre et d'Anne Bouvier, Pierre Legendre voit le jour le 13 novembre 1754. Comme Claudel (se sont-ils engagés ensemble ?), il rejoint le régiment d'artillerie de Toul en 1774. Sergent en 1781, capitaine en 1792, il est promu chef d'escadron au 3e régiment d'artillerie à cheval en l'an XI, puis passe au 8e régiment d'artillerie à pied (et non au 3e, comme l'écrivent par erreur « Les Fastes de la Légion d'honneur »). Membre de la Légion d'honneur (thermidor an XII), il est retraité deux ans plus tard (le 5 brumaire an XIV – 27 octobre 1805). Il s'agit sans doute de l'officier qui commandait l'artillerie de la division Rivaud du 1er corps (au sein de laquelle le Bourbonnais Chaudron-Rousseau est adjudant-commandant) lors de la Campagne d'Autriche. Mort à Metz le 15 mars 1814. A noter qu'en l'an XIII, pas moins de six Haut-Marnais occupaient un poste d'officier supérieur dans l'artillerie : un colonel (Lobreau, qui sera domicilié à Chaumont) au 3e RAP, quatre chefs de bataillon (Claudel, au 1er RAP, Sirodot, de Langres, au 6e RAP, Pelletier, d'Eclaron, au 7e RAP, Legendre, au 8e RAP) et un chef d'escadron (Pellegrin, d'Orquevaux, au 2e RAC). Dans l'état militaire de la République française pour l'an X (1801-1802), il apparaît que deux capitaines Legendre servaient au 7e RAP alors cantonné à Strasbourg : l'un, de 1ère classe, à la tête de la 11e compagnie – c'est Pierre -, l'autre, de 2e classe, au sein de la 13e. Ce dernier est qualifié de « Legendre (cadet) », ce qui sous-entend un lien fraternel avec le précédent. Or nous savons, grâce à l'annuaire du département de la Haute-Marne pour l'année 1811, que servait alors un chef de bataillon Joseph (sic) Legendre, sous-directeur d'artillerie à Luxembourg, membre de la Légion d'honneur, originaire de Fresnes. Et, grâce à l'état militaire du corps de l'artillerie pour la même année 1811, qu'il existait un chef de bataillon François Legendre ayant vu le jour en 1761. Les registres de la paroisse de Fresnes-sur-Apance confirment cette information : François Legendre, fils de Jean Le Gendre (sic) et d'Anne Bouvier, donc frère de Pierre, est né et a été baptisé le 23 mars 1761 dans le village. Entré en service en 1777, sans doute au régiment d'artillerie de Toul (et donc trois ans après son frère et son compatriote Claudel), François Legendre est promu lieutenant d'artillerie le 1er décembre 1792, puis capitaine le 13 messidor an II (1er juillet 1793). En service, donc, en l'an X, au 7e RAP, il passe peu après au 1er RAP en garnison à La Fère (où Claudel est chef de bataillon, et où il côtoiera un autre Haut-Marnais, le Joinvillois Herbunot, capitaine de 2e classe, futur chef de bataillon) ; il est enfin promu à son tour chef de bataillon le 9 mars 1806, à l'âge de 45 ans. Rejoint-il le 8e RAP où servait son frère ? C'est possible, car les almanachs impériaux de 1806 à 1808 signalent la présence d'un chef de bataillon Legendre dans ce régiment. Or ce ne peut être Pierre qui est retraité depuis le 27 octobre 1805. En 1809 (mais peut-être dès l'année précédente), François Legendre occupe l'emploi de sous-directeur d'artillerie à Luxembourg (direction de Metz). En 1810, alors qu'il est qualifié de « légionnaire, chevalier d'Empire » (mais Révérend ne le recense pas parmi les membres de la noblesse impériale), il est autorisé à intégrer le collège électoral de Luxembourg. C'est toujours dans cet emploi qu'il est situé en 1811 par l'annuaire du département de la Haute-Marne et l'Etat militaire du corps de l'artillerie, qui le qualifient de membre de la Légion d'honneur. Legendre reçoit ensuite, le 5 août 1811, l'ordre de se rendre à Bayonne pour prendre le commandement de l'artillerie d'une division destinée à l'armée d'Espagne. Mais visiblement, cet ordre n'est pas exécuté. Ce qui est certain, c'est qu'il n'est plus directeur à Luxembourg en 1812, et que dans l'almanach impérial de 1813, si on retrouve un chef de bataillon d'artillerie Legendre, membre de la Légion d'honneur, celui-ci est sans emploi titulaire. Toujours chef de bataillon, François Legendre cesse de servir le 19 août 1814 et, domicilié à Dôle (Jura), il décède le 16 février 1817, jouissant de la pension de retraite. Il était l'époux de Jeanne-Marie Molard, originaire de Grenoble où elle est née en 1770, épousée en 1788, et domiciliée en 1825 à Dôle. Or servait, dans le régiment de Toul, un futur capitaine Pierre Molard, né lui aussi à Grenoble en 1770, futur officier du 1er RAP, capturé en Russie. Le beau-frère de Legendre ? L'hypothèse est séduisante... A noter que le chef de bataillon Legendre n'est pas décédé à Dôle, comme un de nos correspondants l'a vérifié.