jeudi 4 février 2010

Lamoureux, ce Haut-Marnais qui a donné son nom à un régiment...

Jean-Baptiste Lamoureux naît à Chaumont-la-Ville (canton de Bourmont) le 13 octobre 1756 (et baptisé le 14). Fils de Jean-Baptiste et de Barbe Liebaut, petit-fils d’Anne de Thumery (un membre de cette famille sera arrêté avec le duc d’Enghien), il s’oriente vers la carrière militaire : il entre comme simple dragon dans la légion de Lorraine (futur 9e chasseurs à cheval) en juin 1773, mais passe sous-lieutenant le 15 mai 1776, puis lieutenant le 10 août 1785, et capitaine le 5 février 1792. Lamoureux fait les campagnes de 1792 et 1793 à l’armée de Moselle, celles des ans II et III à Sambre-et-Meuse. Le 14 septembre 1793, il est blessé de trois coups de sabre à Pirmasens. Selon Les Cahiers haut-marnais, il est emprisonné comme royaliste en 1793, et n’est réintégré dans l’armée que deux ans plus tard.
Lamoureux passe alors dans l’armée de l’Ouest le 15 floréal an IV et est promu colonel du régiment de chasseurs à cheval « de son nom » (sic) le 29 vendémiaire an V (20 octobre 1796).

Unité peu connue, les « chasseurs de Lamoureux » constituent en fait un corps-franc formé de volontaires issus de divers régiments, mis sur pied à Morlaix le 2 novembre.
Avec cette unité, le Haut-Marnais embarque à Brest, le 20 novembre 1796, sur le « Nicodème », dans le cadre de l’expédition d’Irlande du général Hoche. Lamoureux ne prend pas pied sur le sol irlandais mais reste pendant cinq jours dans la baie de Bantry, avant de retrouver la rade de Brest le 12 janvier 1797.
Les états de services du colonel ne le précisent pas, mais le régiment prend part également à la deuxième expédition, destinée à voler au secours des rebelles irlandais.
Nous sommes un peu mieux renseigné sur cette campagne, grâce à la relation qu’en a faite un officier du régiment, Joseph-François Gérard, né à Vaucouleurs (Meuse) en 1770, relation rapportée 100 ans plus tard par le bulletin de la Société philomatique vosgienne.
Le 20 août 1798, le régiment, qui a quitté Morlaix quelques jours plus tôt, appareille de Brest. Il est embarqué sur la frégate « L’Immortalité » commandée par le capitaine Legrand. Cette expédition est marquée par la victoire, remportée par le général vosgien Humbert sur les troupes britanniques, de Castlebar : un lieutenant de chasseurs à cheval français originaire de Villegusien, Jean Moisson, 45 ans, y trouve la mort. Mais à nouveau, les hommes de Lamoureux ne pourront débarquer. Le 20 octobre, faisant route vers Brest, « L’Immortalité » est attaquée par le navire anglais «Fisgard ». Le général Ménage, qui commande les troupes à bord, le capitaine Legrand sont tués, des dizaines de soldats meurent ou sont blessés. Les autres sont faits prisonniers. Selon le bulletin vosgiens, seuls 38 officiers et chasseurs parviennent à revenir à Auray où ils retrouvent le colonel Lamoureux qui ne s’est pas embarqué. Gérard et ses camarades seront conduits sur les pontons de Plymouth et ne rentreront en France que début 1799.

A noter que parmi les hommes ayant servi dans ce régiment, soit en l’an V, soit en l’an VI, figurent de futurs grands officiers de l’Empire :
. le lieutenant-colonel Alexis Pinteville, né à Vaucouleurs en 1771, qui servait au 11e dragons (futur général) ;
. le capitaine Guy Faverot de Kerbrech, né en 1773 à Pontivy, capitaine adjoint à l’état-major de l’armée des Côtes de l’Océan, passé capitaine aux chasseurs de Lamoureux le 12 novembre 1795 (futur colonel d’Empire et général) ;
. sous-lieutenant Jean-Louis Paultre ;
. lieutenant Jean-Baptiste Rapatel, né à Rennes en 1776, qui servira ensuite au 16e chasseurs, sera l’aide de camp du général Moreau et sera tué par une balle française lors de la Campagne de France ;
. lieutenant Augustin Rapatel, son frère, né à Rennes en 1775 (futur général) ;
. le maréchal des logis (en août 1798) Mathurin Galbois, né à Rennes en 1778, futur colonel de lanciers à Waterloo, puis général…
D’autres documents font état du capitaine Jourdan (ex-adjoint au général Champeaux), du sous-lieutenant Cheron, du lieutenant Dubourg, du lieutenant-colonel Bochonnier (sic)…

Nommé président du conseil de guerre de la 13e division militaire par le général Michaud (an VII), chargé par le ministre de la Guerre de la levée de 40 000 chevaux dans le département des Côtes-du-Nord (an VIII), Lamoureux part le 17 mai 1809 pour l’armée d’Allemagne. Le 29 juin, il est nommé commandant du cercle miliaire de l’Innviertel (aujourd’hui en Autriche), puis remis à la disposition du ministre de la Guerre le 13 janvier 1810, enfin employé général au dépôt de cavalerie de l’armée d’Espagne à Libourne le 17 mai. La même année, il réclame la Légion d’honneur.
Retraité le 13 juin 1811, il retrouve Chaumont-la-Ville, accompagnant toutefois deux ans plus tard les contingents de gardes d’honneur haut-marnais destinés au 2e régiment de gardes d’honneur à Metz.
Chevalier de Saint-Louis, maire de Chaumont-la-Ville, veuf de Marie-Anne Chrétiennot, il décède dans son village le 20 décembre 1838. Son fils Marie-Louis-Charles était alors propriétaire à Huilliécourt.
L’historien haut-marnais Alcide Marot, dans le Pays lorrain (1822), rapportera que lors de l’une des invasions de la France en Haute-Marne (1814 ou 1815), le colonel d’un régiment bavarois est venu saluer à Chaumont-la-Ville Jean-Baptiste Lamoureux - qui, en 1809-1810, s’était fait apprécier des habitants -, après avoir fait présenter les armes. Quel plus bel hommage rêver pour ce cavalier...

mardi 2 février 2010

Le commandant d'artillerie Semelet, né et mort à Luzy

Jean-Baptiste Semelet est né le 21 mars 1774 à Luzy-sur-Marne. Il n’est pas, comme il sera écrit dans une notice nécrologique, issu d’une famille de cultivateurs, mais le fils de Nicolas, un marchand de bois qui sera qualifié, dans les registres d’état civil, de forestier au service de l’évêque de Langres, puis d’aubergiste. Un père originaire d’un autre secteur du département de la Haute-Marne : de Rivière-le-Bois, aujourd’hui dans le canton de Longeau.
Jean-Baptiste entre en service dans l’armée durant la Révolution : en 1793. Il sera artilleur. Le 13 juillet 1807, à 33 ans, il est promu lieutenant au 6e régiment d’artillerie à pied. L’année suivante, il est situé comme adjoint au commandant du parc d’artillerie du Corps d’observation de la Gironde du général Dupont. Ce corps est fait prisonnier en juillet 1808 à Baylen, en Espagne, et Semelet fait partie des officiers tombés aux mains des Espagnols. Pendant près de deux ans, il est détenu sur les fameux pontons de Cadix. Puis il va parvenir à s’évader. Sans doute, était-il du nombre des officiers qui se sont échappés le 10 mai 1810 du ponton « Le Castille ». Le 15 mars 1812, il est promu capitaine – au sein du 6e régiment d’artillerie à pied, selon Richard Darnault. Et le lendemain, il est fait membre de la Légion d’honneur. Affecté au 3e régiment de l’arme, l’officier haut-marnais se bat en Saxe, campagne au cours de laquelle il est blessé le 16 octobre 1813 à Leipzig. Sous la Première Restauration, le Haut-Marnais est conservé dans les effectifs du corps royal de l’artillerie. Durant la Seconde, il est capitaine au régiment d’artillerie à pied de Valence, et c’est dans ce grade, le 18 août 1819, qu’il est fait chevalier de Saint-Louis. A sa retraite, Semelet est chef de bataillon. Il revient en Haute-Marne, et en 1826 (à 52 ans), il se marie à Braux-le-Chatel (canton de Châteauvillain) avec Victoire Godinet, de Chaumont. Le couple s’établit à Luzy, le village natal de Jean-Baptiste Semelet, où il décède le 31 août 1848, à l’âge de 74 ans.